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11/11/2006

La Grande Illusion

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Génération perdue des illusions perdues... 

 

"Longue, douloureuse et meurtrière, la Grande Guerre vit s'entretuer des millions d'hommes qui, la veille encore, juraient «guerre à la guerre» . Ils furent les frères d'armes de ceux qu'ils accusaient d'être des militaristes, des chauvins, des bellicistes, et également des millions d'autres qui firent la guerre par devoir ou encore sans trop savoir pourquoi. Passé 1918, devenus anciens combattants, ni les uns, ni les autres ne mirent en doute la légitimité de leur sacrifice; ils avaient combattu pour la défense de la patrie et la guerre qu'ils avaient faite était une «juste guerre» . Pendant cinquante ans, ils n'ont cessé de le répéter."


Marc Ferro, La grande guerre 1914-1918 (idées, Gallimard, 1969)

 

La chanson de Craonne
1917 - Anonyme

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En 1917, après le massacre du Chemin des Dames, où plus de 147 000 poilus furent tués et plus de 100 000 furent blessés en deux semaines, les soldats se mutinèrent dans plus de 60 des 100 divisions de l'armée française. Ces révoltes furent très sévèrement réprimées, en particulier par Pétain (le général Nivelle, responsable de la calamiteuse offensive, ayant été remplacé par le général Pétain) : il y eut plus de 500 condamnés à mort.

Jean de Nivelle (sic) nous a nivelés
Et Joffre nous a offerts à la guerre !
Et Foch nous a fauchés…
Et Pétain nous a pétris…
Et Marchand ne nous a pas marchandés…
Et Mangin nous a mangés ! »


Blaise Cendrars, La Main coupée


« Cinquante mois on se l’est disputé, on s’y est égorgé et le monde anxieux attendait de savoir si le petit sentier était enfin franchi. Ce n’était que cela, ce chemin légendaire: on le passe d'une enjambée… Si l’on y creusait, de la Malmaison à Craonne, une fosse commune, il la faudrait deux fois plus large pour contenir tous les morts qu'il a coûtés. Ils sont là, trois cents mille, Allemands et Français, leurs bataillons mêlés dans une suprême étreinte qu’on ne dénouera plus, trois cent mille sur qui des mamans s’étaient penchés quand ils étaient petits, trois cent mille dont de jeunes mains caressèrent le visage. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ? »


Roland Dorgelès, Le réveil des morts

« Créneaux de la mémoire ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte à faux
Ce n'était pas l'amour mais le Chemin des Dames
Voyageur souviens-toi du Moulin de Laffaux »

Louis Aragon, « Plus belle que les larmes », Les yeux d’Elsa


La Chanson de Craonne est une œuvre devenue emblématique de la 1ère guerre mondiale, qui traduit l'état d'esprit des poilus après l'échec de l'offensive française ordonnée par Nivelle au Chemin des Dames dans l'Aisne, au cours de laquelle de terribles combats meurtriers se sont déroulés sur le territoire de Craonne.
La hiérarchie militaire avait offert un million de francs-or et la démobilisation à celui qui lui donnerait des renseignements sur le ou les auteurs, sans succès. Elle resta anonyme. Paul Vaillant-Couturier la popularisa.

"Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le coeur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs là

Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est bien fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra vot' tour messieurs les gros
D'monter sur le plateau
Et si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau"

 

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Morts pour la France ?… En tous cas, "fusillés pour l’exemple" et réhabilités seulement 81 ans plus tard en 1998 ! Honneur à la Grande Muette !

Et il ne reste plus, aujourd'hui, qu'une poignée de survivants pour témoigner de ce grand désastre humain qu'est la Grande Guerre, qui continue ailleurs, tous les jours, pourtant, à plus petite échelle... 

 

Doriane Purple

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