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10/05/2006

Rock bis

Ecran sombre. Silence soudain et angoissant. Alternance d'ombres luminescentes et de sombres flashs. Les murs se flétrissent comme la peau agonisante d'un lépreux. Des gouttes noires de crasse et de désespoir suintent du plafond défoncé. Une lampe aux reflets rouges étend son aura fantomatique dans un coin de la pièce délabrée. Une bibliothèque au bois noir recelant quelques livres poussiéreux, ricane de toutes ses dents jaunies à la vue de ce spectacle affligeant et grotesque. Un masque à la fureur démoniaque semble suspendu dans l'air vicié par la puanteur et les fumerolles des encens. Les éclairs suscités par le courroux des éléments donnent vie au regard foudroyant du visage terreux. Un lit, étripé par la violence des cauchemars de la nuit, gît là, pantelant. Le sol est un tapis mouvant d'objets hétéroclites plus ou moins animés : vieux papiers froissés, assiettes fendues, clous rouillées, dents ébréchées, cafards grouillants, déjections immondes de rats... De noires bougies trônent sur un tabouret branlant. Au milieu de ce morbide chaos, souffle une musique aux accents névralgiques. Un être en transe s'agite frénétiquement dans une danse macabre. Bonds spasmodiques, bras incontrôlables battant l'air comme deux haches de guerre vivantes. Veste de cuir ouverte laissant transparaître un torse couvert de cicatrices et tatoué de symboles mystérieusement effrayants. Collier d'acier forgé, collier d'esclave sans maître. Bouts d'acier sacrificiel transperçant les chairs. Néo-punk technomaniaque à double crête : rouge, couleur du sang et violet, couleur de la folie. Yeux exorbités par l'effroi et par la jouissance extatique du mouvement et du bruit musical. Pieds ensanglantés par les chaudes échardes du plancher en décomposition. Douleur d'ivresse mentale, douleur violemment vive et vivante. Souffle, souffle court, souffle haletant. Breathe...Tourbillon, cyclone des points cardinaux. Visions hallucinatoires des portes de l'Au-delà. Bruit saccadé, omniprésent. Crépuscule des anges déchus. Solitudes emplies de démons sautillants. Chaos de trou noir. Chaos de la résurrection. Chaos de la renaissance et du souffle... Silence serein et soudain... Gravité des corps... Néant... Prodigy. Serait-ce un prodige ?

 

http://www.mcm.net/musique/player/23241/

 

Doriane Purple

 

12:20 Publié dans Rock | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Mmh, ce monstre sombre est une énergie. C'est le pic à boeuf [1], le bizarre qui fait avancer, l'abominable boule de frustration qui nous sort de la chrysalide et nous pousse à aller faire des choses. A être actifs dans le monde. A exister. Que dire ? Qui fait l'ange fait la bête. Alors il vaut mieux être une bête. Ou plutôt savoir que l'on a une bête. A l'intérieur. Qui nous pousse. Bien canalisée ? Elle produit du carburant, cette chose gênante.

C'est le prêtre et psychanalyste Jean Monbourquette, et son formidable travail sur l'Ombre, en prolongement de Jung - qui nous invite à l'accepter. Et à lui parler. A l'apprivoiser [2]. Voir aussi le Kill (ce chien tout en instinct - et en besoin de réalisation) d'Alexandro Jodorowsky, dans L'Incal. Cette bête investit son énergie dans un projet ('se jeter hors de soi') et change ainsi d'état.

Le destin des bêtes est de nous nourrir. (Le boucher est une métaphore de la fonction psychique qui nous fait consommer de l'énergie, de la colère, de l'envie, de la frustration - pour avancer.) Qui fait l'ange ne fait rien.

Bien à toi, personnage pourpre.

Embrasse bien ta fille : comme la mienne (et tous les autres enfants), je suis sûr qu'elle comprend tout. Voire qu'elle sait déjà tout ça :-)

Ton texte est superbe.

Salutations tout en chaleur,

Lionel

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[1] Le 'lamed' de l'alphabet protosinaïtique (1 500 av. J.-C.), péninsule du Sinaï.

[2] Une expérience psychologique, à la radio - il y a quelques années - avait montré que les petits graçons, sitôt qu'on leur parlait d'un loup à la fenêtre, faisaient mine de saisir un fusil. Les petites filles, à l'inverse, disaient : Eh bien, je cherche à savoir ce qu'il veut. Peut-être qu'il veut juste quelque chose. Oui : il veut nous faire avancer. L'instinct, la gouaille et la noirceur nous bottent le cul : ils veulent quoi ? Violemment nous obliger à vivre. Et donc à être heureux. Spinoza disait déjà qu'il y avait dans la vie la 'simple' finalité d'être heureux. Vivre pour quoi ? Pour jouir. Et aimer. Et se sentir bien. Bref, 'aimer et travailler', nous dit Freud.

Écrit par : Lionel | 13/05/2006

Ah, ce commentaire - qui, c'est vrai, 'rentre' bien ici - est à l'origine pour l'article Dark like me, plus récent.

Sulli

Écrit par : Lionel | 13/05/2006

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