Dark like me...
A Sulli le nouveau monstre gentil
Je suis parfois habité et possédé par un monstre immeuble et immonde, au pelage rude et noir, aux crocs acérés et luisants, aux froids yeux nyctalopes sinistrement crépusculaires, par un lycantrope ancestral à la faim insatiable. En plongeant son regard dans le mien, ma descendance, ne voit alors que le pâle reflet fébrile, flou et fluctuant de ma propre fin qui me déchire, me lacère, me transperce de ses doigts osseux et aimants : soleil noir qui, à chaque crépuscule, étend confusément ses rayons cancéreux et me gangrène diffusément toujours plus, me laissant transi dans la nuit sauvage, exsangue et oublieux de ma propre vie. Mais au creux de cette nuit des temps, l’enchanteur de Barjavel me souffle un bien étrange grand secret par delà ma tempête intérieure : nous ne sommes point immortels afin de préserver notre descendance, afin de lui ménager un peu de place ainsi qu’un peu de chaleur amoureuse dans ses souvenirs. Alors, quand s’élève l’aube aux doigts roses, m’agenouillant à côté d’un petit lit, je discerne distinctement dans le regard de ma fille au matin de sa vie, sa pleine énergie vitale et je me transforme aussitôt moi aussi en un humble monstre gentil, archange aux ailes déployées, protectrices.

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Doriane Purple
Ecran sombre. Silence soudain et angoissant. Alternance d'ombres luminescentes et de sombres flashs. Les murs se flétrissent comme la peau agonisante d'un lépreux. Des gouttes noires de crasse et de désespoir suintent du plafond défoncé. Une lampe aux reflets rouges étend son aura fantomatique dans un coin de la pièce délabrée. Une bibliothèque au bois noir recelant quelques livres poussiéreux, ricane de toutes ses dents jaunies à la vue de ce spectacle affligeant et grotesque. Un masque à la fureur démoniaque semble suspendu dans l'air vicié par la puanteur et les fumerolles des encens. Les éclairs suscités par le courroux des éléments donnent vie au regard foudroyant du visage terreux. Un lit, étripé par la violence des cauchemars de la nuit, gît là, pantelant. Le sol est un tapis mouvant d'objets hétéroclites plus ou moins animés : vieux papiers froissés, assiettes fendues, clous rouillées, dents ébréchées, cafards grouillants, déjections immondes de rats... De noires bougies trônent sur un tabouret branlant. Au milieu de ce morbide chaos, souffle une musique aux accents névralgiques. Un être en transe s'agite frénétiquement dans une danse macabre. Bonds spasmodiques, bras incontrôlables battant l'air comme deux haches de guerre vivantes. Veste de cuir ouverte laissant transparaître un torse couvert de cicatrices et tatoué de symboles mystérieusement effrayants. Collier d'acier forgé, collier d'esclave sans maître. Bouts d'acier sacrificiel transperçant les chairs. Néo-punk technomaniaque à double crête : rouge, couleur du sang et violet, couleur de la folie. Yeux exorbités par l'effroi et par la jouissance extatique du mouvement et du bruit musical. Pieds ensanglantés par les chaudes échardes du plancher en décomposition. Douleur d'ivresse mentale, douleur violemment vive et vivante. Souffle, souffle court, souffle haletant. Breathe...Tourbillon, cyclone des points cardinaux. Visions hallucinatoires des portes de l'Au-delà. Bruit saccadé, omniprésent. Crépuscule des anges déchus. Solitudes emplies de démons sautillants. Chaos de trou noir. Chaos de la résurrection. Chaos de la renaissance et du souffle... Silence serein et soudain... Gravité des corps... Néant... Prodigy. Serait-ce un prodige ?